INTERVIEW
(à couper et recomposer selon besoins. Libre de droits)

La famille aujourd'hui : Raphaël 44 ans, journaliste. Laurence, 44 ans. Gabriel 15 ans, Ferdinand 14 ans, Syméon 10 ans respectivement adoptés bébés à Tomé (Chili), Canete (Chili) et Can Tho (Vietnam). Adélaïde, 7 ans , Suzanne 5 ans, et Séraphin, 2 ans. Ils sont huit : papa, maman et six enfant de 14 ans à 9 mois partis "autour du monde" pendant un an de l'été 2005 à l'été 2006. Un projet qui semble fou et qu'ils ont préparé pourtant avec beaucoup de sérieux avant de se lancer en famille sur les routes. Entrez dans leur voyage

Avant toute chose, qu'est ce qui a pu vous donner pareille idée ?
Raphaël : Un tel projet s'appuie naturellement sur des choix de vie successifs. En 1981, à dix huit ans je suis parti en Australie vivre une expérience avec des aborigènes. Je rêvais déjà de grand reportage et de journalisme.
Laurence : Nous avons commencé notre vie de couple en voyageant pour adopter nos trois premiers enfants. Raphaël est devenu journaliste puis auteur de guides de voyage, nous avons chaque fois que possible pris le large ensemble... Aujourd'hui nos enfants grandissent, deux d'entre eux sont Chiliens d'origine, l'autre vient du Vietnam, les suivants sont Cévenols... ils sont tous d'un bout du monde en quelquesorte...

Comment passe-t-on de l'idée au projet ?
Raphaël : La première partie d'un projet est normalement consacrée à la mise en place d'un itinéraire. Nous nous y sommes mis deux ans avant le départ en révant, d'abord avec la mappemonde puis devant une grande carte du monde. Pour plus de confort, nous avons commencé par coller la carte sur un drap punaisé sur la bibliothèque. Elle se déroule sous forme d'écran géant à chacune de nos séances. L'itinéraire "classique" part vers l'est par la route de la soie. Nous avions décidé d'être originaux en tentant un passage par le détroit de Béring et la Colombie Britanique. Entretemps, la naissance de Séraphin s'est annoncée pour septembre 2004 et nous avons exclu les steppes gelées et le permafrost, véritable raid professionnel. Notre itinéraire plus sage part à l'Ouest et la grande traversée s'effectue au Canada. Laurence : En Novembre 2003, nous achetons notre Land Rover et nous annoncons à tous que nous le préparons pour le Tour du Monde. Personne ne nous croit dans notre famille, nos propres enfants ne comprennent pas encore ce que cela signifie.
Raphaël : Même topo au boulot ou j'ai annoncé mon départ pour juin 2005 en annoncant que ma femme était enceinte de notre sixième enfant. Sans commentaires. Dès lors, nous avons décroché la Mappemonde de son socle et scotché un fil de laine pour que les enfants (mais aussi les adultes) puissent visualiser le parcours.

Parlez nous un peu de votre itinéraire
Raphaël : N'étant pas navigateurs, nous avons choisi d'effectuer notre voyage par voie terrestre, d'ou l'achat d'un DEFENDER Stationwagon, LAND ROVER 9 places qui nous semblait être le véhicule le plus rustique et le mieux adapté à un tel périple. Ferdinand : Tu peux dire qu'il était rustique, on était tellement secoués que tous les bagages nous tombaient dessus !
Raphaël : Voyageant avec des enfants en âge scolaire, nous avions collé nos dates sur le calendrier scolaire afin qu’avec l’aide des cours par correspondance il ne perdent pas d’année.
Gabriel : En fait les deux petits on pu passer dans la classe supérieure. Mais Ferdinand et moi on a du redoubler. Avec les retards du courrier, on a pu couvrir que la moitié du programme.
Raphaël : Nous avons expédié le Land en container au Canada que nous avons traversé jusqu'au Rocheuse en juillet puis nous avons longé la Côte Ouest de l’Amérique du Nord jusqu' à San Diégo pour retraverser tout le continent jusqu' au Texas. De là nous sommes passés au Mexique que nous avons retraversé d'Est en Ouest puis du Nord au Sud avant de nous engager dansle chapelet des petits pays d'Amérique Centrale. Ensuite nous avons rejoint l’Amérique du Sud en expédiant le Land par bateau au Pérou (pour éviter la Colombie, réputée dangereuse pour les francais) et avons poursuivi notre route jusqu'au Cap Horn par le Chili et l'Argentine. Laurence : Au départ, cette traversée du Pôle Nord au Pôle Sud ne devait consituer que la moitié du projet. Trés vite, avec les détours, le calendrier nous a filé entre les doigts. C'est pourquoi nous avons choisi de prendre notre temps.
Gabriel : En fait on a fait près de 45.000 kilomètres, soit plus que la distance d'un tour du monde, mais on a préféré dire qu'on se baladait "autour du monde".
Syméon : De toutes les façons il faudra bien que l'on reparte un jour pour terminer le voyage, Les parents m'ont promis qu'on irait aussi au Vietnam !

Et votre budget ? Voyager, cela a forcement un coût ?
Laurence : Côté finances, nous économisons depuis cinq ans! Notre budget est de 36000 Euros environ. Nous avons pu mettre de côté (ou emprunter) au fil des ans près de 20000 Euros. Le reste devait être couvert par les avances sur l'écriture du livre "Voyager en famille".
Raphaël : Il est certain que seul le fait que je puisse exercer mon métier tout en voyageant rend possible un aussi long séjour. Cela dit peu de gens imaginent le budget qu'ils dépensent annuellement pour seulement vivre là où ils sont. Si vous décomposez 36000 Euro, cela fait 100 Euros par jour, à diviser par huit cela fait juste 12,5 Euros par personne pour manger, dormir et vous déplacer. C'est suffisant , mais ce n'est pas trop. La bonne surprise c'est que nous avons pu tenir dans ce budget initial grâce à la différence du coût de la vie dans les pays "pauvres".

Un tel périple n'est donc pas accessible à tout le monde ?
Raphaël : La même question a été posée à Jean Le Cam après une traversée en solitaire, il a répondu : "Vous ne connaitrez la réponse à cette question qu'après l'avoir fait !". On est revenu tous en bonne santé. Certes on a encore des dettes, mais on a aussi appris à "vivre de peu".

Il s'agit donc bien d'un rêve ?
Raphaël : ...ou d'un cauchemard, partir à huit n'est pas forcément de tout repos. Vous découvrirez dans notre guide, les responsabilités qui pèsent sur le(s) chef (s) de famille. Cela dit "voyager" sur la planète réapparait comme un désir profond dans la société. Un peu comme si les gens étaient lassés de ne tout voir qu'à travers un écran. Avec internet le monde semble tellement proche... mais ou est la chaleur humaine, ou sont les odeurs, les saveurs ?
Ferdinand : Au début cela nous semblait bizarre quand on téléphonait aux journalistes ou à la radio. Tout le monde avait l'air de trouver ce qu'on faisait extraordinaire, alors que nous on trouvait plutôt pénible de devoir monter et démonter la tente tous les jours.
Gabriel : Quand on est rentré, j'ai pleuré. En fait on ne s'est pas rendu compte que c'était un rêve pendant qu'on le vivait. Quand j'ai revu mes amis, ils n'ont rien vécu de spécial pendant cette année... même profs, même école, même cantine...et moi j'ai tellement de souvenirs.
Adélaïde : Moi je préfère quand même dormir dans mon lit. Je suis contente d'avoir retrouvé mes amis, ma maison, ma chambre et toutes mes poupées.

Parlons un peu de votre organisation
Raphaël : la préparation matérielle, physique et psychologique est tellemement importante que nous lui avons consacré une grande partie de notre livre. En fait vivre l'aventure avec des enfants est un état d'esprit. Il faut les placer au centre du projet. Toutes les questions classiques : les déplacements, la nourriture, le logement... doivent être révisées sous cet angle.
Laurence : Au départ, nous avions décidé de simplement raconter notre aventure dans le livre. Mais en fait nous avons mis en ligne notre journal sur le site de l'éditeur (http://www.gabriandre.fr en cliquant sur la petite planète à gauche du sommaire) et les questions des auditeurs de Radio France qui visitaient le site étaient toujours les mêmes. En écrivant le guide, nous avons suivi le plan de leurs questions. Batir un projet, choisir un itinéraire., déterminer un budget, se documenter, remplir les formalités avant le départ. Mais aussi les questions matérielles : les bagages, l'équipement personnel et collectif, le matériel de campement. Les familles posaient aussi des questions sur la santé au quotidien et enfin bien évidemment sur la vie de tous les jours en voyage.

Parlez nous un peu de cette vie de tous les jours ?
Raphaël : Dans tout voyage subiste une part d'inconnu ; le parfum de l'aventure ! Il y pourtant trois ou quatre paramêtres incontournables : il nous faut manger, dormir, résister aux éléments et se déplacer, (hors de l'urgence et de la maladie qui constituent un chapitre à part). Compte tenu de notre nombre (8) la solution la plus simple restait le camping, tant que faire se peut. Le Défender etait équipé d'une petite tente de toit papillon et d'un dispositif sommaire de bas-flancs à l'intérieur pour un couchage d'urgence. (Sur un parking en zone péri-urbaine par exemple). Sinon, nous avons embarqué avec nous deux tentes de trois places et de huit places. Nous nous sommes donc orientés vers un campement en milieu rural (ou dans les parc nationaux) qui nous permette de compléter le "gite" en plantant la tente.

Et pour la nourriture ?
Suzanne : on a mangé des pâtes presque tous les jours, sinon maman faisait du pain et des pizzas. On a mangé des pop corn aux Etats Unis. Il y a vait du Coca Cola partout. On a aussi mangé plien de choses différentes selon les pays. On ne savait pas toujours ce que c'était mais on goutait et souvent c'était bon.
Laurence: En fait, on peut trouver de la nourriture un peut partout encore faut il pouvoir la cuisiner si l'on ne veut pas passer sa vie au "fast-food". Nous avions donc investit dans un réchaud de bateau ENO de 25 l et la batterie de cuisine adaptée. Malgré l'encombrement (une place dans le Défender), nous avons parié sur le fait que cuire du pain ou des gateaux français était une manière conviviale de lier connaissance au bout du monde. Et cà a marché.
Raphaël : Nous avons aussi trouvé un frigidaire d'occasion trimixte (gaz, elctricité : alternatif ou continu). Ajoutez à cela des sièges et une table de camping pliante : on ne peut pas manger sur ses genoux pendant un an ! Bien évidemment il faut penser à l'eau que l'on peut toujours faire bouillir mais pour laquelle est il plus simple d'emporter un filtre à céramique et des pastilles en cas de doute.

Pour tailler le route vous comptiez sur le 4x4 ?
Utiliser notre propre véhicule est un choix qui pouvait sembler coûteux et complexe au départ. Mais cela nous à donné une entière liberté de mouvement par voie de terre et donc une grande souplesse en terme d'itinéraires. Certes les passages en douanes ou par bateaux nous laisseront des souvenirs épiques mais globalement, nous n'avons pas eu à déplorer de soucis sérieux.
Gabriel : Au retour nous avions quand même 850 Kgs de bagages, la grande majorité sur le toit ! Et à l'intérieur on était serré comme des sardines mais quand papa a proposé de revendre le Land en Amérique du Sud on a tous refusé... il fait partie de la famille !
Laurence : Nous avons traversé des tempètes, des cyclones (Katherina), des innondations, tout comme des zones d'insécurité urbaines. Bien souvent notre véhicule à constitué "le dernier rempart". Pour les enfants on comprend que ce soit un peu devenu leur maison.

Et la maison, vous l'avez retrouvé maintenant ?
Raphaël : Après un peu moins de 12 mois passés sur la route nous sommes donc bien rentrés chez nous, en juillet, dans un petit village au bord du Parc National des Cévennes. La nature ne nous manque pas, mais le mouvement un peu. En fait c'est comme si le voyage accelérait le temps. En voyage, tous les 100 kms les perspectives changent. Nous avons eu l'impression d'être partis cinq années au moins et nous avons un peu de mal à reprendre nos marques.
Gabriel : dès la fin des vacances il a fallu retrouver le chemin de l'école. Et là on a pas le choix, il faut rentrer dans le rythme !
Laurence : retrouver la maison, les voisins est une vraie joie. En revanche, on ne peut plus vivre comme avant, on se rend compte que beaucoup de choses nous encombrent plus qu'elles ne nous servent.... il va falloir faire le tri.

Alors vous êtes prêts à repartir ?
Gabriel : Moi, quand j'aurais 18 j'aimerai repartir pour faire la Californie à vélo. Il n'y a pas de dangers et on peut faire du surf...
Syméon : de toutes les façons il faut encore aller voir mon pays d'origine, le Vietnam...
Adélaïde : Moi je préfère rester à la maison pour l'instant...
Suzanne : Moi j'aimerai aller en Afrique parce qu'on a vu pleins d'animaux, mais pas des éléphants...
Laurence : le voyage a toujours fait partie de notre histoire... mais pour l'instant, non...
Raphaël : Moi je me dis que l'on a pas encore été voir du côté des océans. Je ne suis pas marin... pas encore.... Et puis après on ira sur la lune ! (rires des enfants ), l'important dans tout cela est de rester curieux et ouvert... un week end dans les Alpes peut déjà constituer une formidable aventure !

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Syméon